samedi 21 février 2015

Mommy - Xavier Dolan

Une veuve mono-parentale hérite de la garde de son fils, un adolescent TDAH impulsif et violent. Au coeur de leurs emportements et difficultés, ils tentent de joindre les deux bouts, notamment grâce à l’aide inattendue de l’énigmatique voisine d’en face, Kyla. Tous les trois, ils retrouvent une forme d’équilibre et, bientôt, d’espoir.


Mommy fait partie de ces films qui vous happent, qui vous donnent une claque et qui vous font ressortir de la salle tout chancelant et définitivement changé.

Le film met en scène trois héros beaucoup trop cabossés par la vie : la mère, la « mommy », Diane, veuve trop jeune, encore un peu enfant, qui enchaine les petits boulots ; le fils Steve, hyperactif, à tendance « opposant-provocant », attendrissant et violent à la fois ; et la voisine, Kyla, qui a perdu tous ses mots et sa joie de vivre dans un passé dont on ne connait rien. Nous ne saurons jamais vraiment ce qui les a amené à ce point précis de la vie, quels choix, quelles erreurs, quels regrets. Il y a seulement quelques détails, une photo d’un enfant inconnu, un cd laissé par un père absent… Mais là n’est la question car Mommy est un film qui se vit au présent, un film de l'instant qui ne s'interroge pas sur le "Pourquoi on en est arrivés là ?" mais plutôt sur le "Comment on va faire pour vivre malgré tout ?". Et la force du film tient en cela, en cette urgence de vivre, d’essayer, de faire en sorte d’avancer malgré toutes les difficultés. Et c’est particulièrement le cas pour Diane, pas totalement mature, qui porte un amour dévorant à son fils, peut-être même destructeur, mais qui n’a pas le temps de s’assoir un moment pour réfléchir, pour tenter de comprendre ce qui n’a pas marché dans le passé et que qui l’a amené là. Le seul temps qui lui est donné, c’est celui de gérer sa vie au jour le jour, son fils qui revient, le boulot qu’elle perd et qu’elle doit donc retrouver, un procès… Alors même si tout ne lui réussit pas, elle se bat pour que son fils soit éduqué, pour qu’elle ait un job, elle se bat pour que sa vie retrouve un semblant de normalité.
                Et cette histoire dure, pleine de difficultés, de violences mais aussi d’espoir et d’amour est portée à l’écran par un magnifique trio d’acteurs, Antoine-Olivier Pilon, Anne Dorvan et Suzanne Clément, eux-mêmes magnifiquement filmés par ce génie qu’est Xavier Dolan. Chaque plan est réfléchi, les gros plans sur les petits détails de la vie, les flous, les rideaux rouges qui changent instantanément l’atmosphère, la longue ligne droite suivie par Steve en skate et surtout l’écran qui s’élargie avec un sourire radieux quand on croit soudainement que, oui, ils vont s’en sortir, que, oui, l’amour est suffisant pour sauver ceux qu’on aime.
                Mommy est un film angoissant dans son genre car nous savons que chaque moment de répit offert aux personnages, chaque soirée de rires et de sourires, chaque fuite en avant sera suivit de cris, de violence, d’échec. Les larmes ne sont jamais très loin, surtout quand Steve, plein de fragilité et d’émotion, s’essaie à chanter « Vivo per lei » avec une voix mal assurée, devant une foule moqueuse et pour sa mère qui ne le regarde même pas.
                Seul petit bémol, les quelques lignes au début du film qui font état d’une loi qui, dans quelques années, autoriserait les familles à laisser leur enfant à l’hôpital publique sans aucune explication. Ce petit instant de « science-fiction » place le film dans une dimension beaucoup trop sociologique, beaucoup trop réaliste pour moi. Car à mon sens, Mommy est beaucoup plus que cela. Mommy est une fable sur la force et les limites de l’amour et un hommage sans jugement à ces hommes et femmes qui se battent chaque jour pour avancer. Et pour cela, Dolan alterne les scènes très dures, de cri et de violence avec de véritables moments de grâce, comme quand Steve, invincible défie les voitures avec son simple skate ou encore quand Diane imagine ce qu’aurait pu être sa vie.


Les petits +
La plus belle musique de la BO selon moi (tout la BO ici >>>)


Xavier Dolan ou la mignonité